Mayotte envisage une centrale offshore pour produire de l’eau potable
Face aux difficultés d’approvisionnement en eau, Mayotte pourrait s’intéresser à une solution innovante : une centrale flottante utilisant l’énergie thermique des mers. Déjà étudiée dans d’autres régions tropicales, cette technologie associe production d’électricité et possibilités de dessalement. Une piste prometteuse, mais qui nécessite encore des études techniques, économiques et environnementales.
Une technologie marine au cœur des réflexions
Le journal de mayotte a mis en lumière une possibilité intéressante pour l’avenir de l’île : installer une centrale offshore capable de valoriser les ressources thermiques de l’océan. Le principe repose sur l’exploitation de la différence de température entre les eaux chaudes situées en surface et les eaux froides présentes en profondeur. Cette technologie, appelée énergie thermique des mers (ETM), permet de produire de l’électricité dans certaines conditions adaptées.
Le fonctionnement d’une telle installation repose sur un système thermodynamique. La chaleur de l’eau de surface sert à vaporiser un fluide de travail, dont la pression entraîne une turbine reliée à un générateur électrique. Le fluide est ensuite refroidi grâce à l’eau profonde, puis réutilisé dans un circuit fermé.
Pour un territoire insulaire comme Mayotte, cette solution présente un intérêt particulier. Elle pourrait contribuer à diversifier les sources d’énergie tout en ouvrant la voie à des installations associant production électrique et traitement de l’eau de mer. Toutefois, la pertinence d’un tel équipement dépendrait notamment des caractéristiques du site, des coûts de construction et des besoins locaux.
Les Bahamas ouvrent la voie
Un projet porté par Global OTEC, avec la participation de la Plateforme océanique des îles Canaries, illustre l’intérêt croissant pour cette technologie. Selon les informations rapportées par Offshore Energy le 6 octobre 2026, un consortium a été chargé d’étudier un site aux Bahamas afin d’évaluer la possibilité d’y développer une installation exploitant l’énergie thermique des mers.
L’initiative répond à plusieurs enjeux. L’archipel dépend fortement des combustibles importés pour produire son électricité, ce qui l’expose aux fluctuations des marchés internationaux. Une centrale utilisant les ressources thermiques océaniques pourrait contribuer à réduire cette dépendance, à condition que les études confirment sa faisabilité.
Les travaux prévus portent notamment sur l’intégration de l’installation, les conditions environnementales et sociales ainsi que les possibilités de dessalement par osmose inverse. Des mesures sous-marines ont également permis d’étudier l’évolution de la température et de la salinité jusqu’à 900 mètres de profondeur.
Cette démarche constitue une référence intéressante pour Mayotte. Elle montre cependant qu’un projet de ce type ne peut pas être lancé sur la seule base d’un potentiel naturel favorable. Des données fiables, une étude d’ingénierie approfondie et une évaluation des coûts restent indispensables avant toute décision d’investissement.
Petite-Terre, une zone à étudier
L’idée d’une centrale offshore n’est pas entièrement nouvelle à Mayotte. En 2012, l’Agence de la transition écologique (ADEME) avait identifié une zone au large de Petite-Terre comme potentiellement adaptée à l’implantation d’une centrale exploitant l’énergie thermique des mers.
Une installation flottante pourrait présenter plusieurs avantages par rapport à une infrastructure implantée directement sur le littoral. Elle limiterait l’occupation des terrains disponibles sur une île où l’aménagement du territoire constitue un enjeu important. Son éloignement de la côte pourrait également réduire certaines contraintes liées à l’implantation d’équipements industriels terrestres.
Le choix de Petite-Terre mérite une attention particulière, car les infrastructures de production d’eau doivent tenir compte de la configuration du littoral et des risques naturels. Une centrale en mer pourrait théoriquement être positionnée dans une zone permettant de prélever de l’eau profonde, sous réserve de vérifier la faisabilité des conduites, de l’ancrage et des opérations de maintenance.
Néanmoins, l’identification d’une zone favorable en 2012 ne signifie pas qu’un projet soit aujourd’hui validé. Une nouvelle étude devrait actualiser les données, préciser les besoins en eau et en énergie et déterminer les conditions nécessaires à une éventuelle réalisation.
Le dessalement, un enjeu majeur pour l’île
L’approvisionnement en eau potable représente un défi important pour Mayotte. Les ressources disponibles, les infrastructures de stockage et les capacités de production doivent répondre aux besoins des habitants, tout en tenant compte des variations saisonnières et des épisodes de sécheresse.
Le dessalement permet de transformer l’eau de mer en eau douce en éliminant une grande partie des sels dissous. Parmi les procédés utilisés, l’osmose inverse consiste à faire passer l’eau sous pression à travers des membranes spécifiques qui retiennent les sels et d’autres substances. L’eau obtenue doit ensuite subir les traitements nécessaires pour respecter les exigences de qualité applicables à la consommation humaine.
Associer cette technique à une centrale offshore pourrait présenter un intérêt si l’installation fournit une énergie adaptée aux besoins de traitement. Toutefois, l’énergie thermique des mers ne rend pas automatiquement le dessalement gratuit. Les pompes, les membranes, les conduites, les équipements de prétraitement et la maintenance représentent des coûts réels.
Il faudrait également prévoir la gestion de la saumure, c’est-à-dire l’eau très concentrée en sels rejetée après le dessalement. Son évacuation devrait être conçue pour limiter les effets sur les écosystèmes marins. La qualité de l’eau produite et la fiabilité de l’approvisionnement resteraient des priorités.
Des avantages à confirmer sur le terrain
Une centrale offshore pourrait contribuer à renforcer la résilience de Mayotte face aux difficultés d’approvisionnement. Une installation flottante bien conçue pourrait notamment être moins dépendante de la disponibilité du foncier côtier. Le recours à une ressource thermique océanique pourrait aussi compléter d’autres moyens de production énergétique.
Cependant, plusieurs obstacles doivent être examinés. La construction d’une plateforme en mer exige des équipements résistants à la corrosion, aux mouvements océaniques et aux conditions météorologiques extrêmes. Les conduites d’eau profonde doivent être suffisamment robustes pour fonctionner durablement, tandis que les opérations de réparation peuvent être plus complexes qu’à terre.
Les cyclones constituent un paramètre essentiel dans cette région de l’océan Indien. Les ingénieurs devraient étudier les dispositifs d’ancrage, les procédures de mise en sécurité et les solutions permettant de limiter les dommages lors d’événements météorologiques sévères. Les effets sur la biodiversité, les usages maritimes et les activités de pêche devraient également être évalués.